mercredi 24 octobre 2007

Les S.A. de Samsun ou la bande à Serdar

Le 20 octobre 2007, six membres de manifestants du Front pour les droits et les libertés (HÖC) à Samsun déploient un calicot dénonçant la police stambouliote pour avoir tiré dans le dos de Ferhat Gerçek, un distributeur de la revue socialiste « Yürüyüş » à peine âgé de 16 ans. Cette action de protestation des plus anodines est retransmise en direct (!) par le Canal S, la chaîne de télé locale.

Trois brutes des « Sturmabteilung » (SA) locaux passant par là « par hasard », agressent les six manifestants avec des coups de poing américains. Parmi les agresseurs, on reconnaît un certain Mahmut, le directeur publicitaire de la chaîne de télé Canal S.

Dans cette agression, les six manifestants dont une femme sont blessés et hospitalisés. L’un des manifestants, Yusuf Dilber a la pommette gauche fracturée en trois endroits.

Les victimes reconnaissent une autre figure « familière » parmi les fascistes, un certain Serdar qui travaille à la bibliothèque centrale de l’université du 19 mai (OMÜ) de Samsun. Dans ce même campus, il avait auparavant poignardé quatre membres des Maisons du peuple (Halkevi). L’un des agressés est même entré dans le coma.

Le 23 octobre à 17h, le représentant du Front pour les droits et les libertés (HÖC) Hasan Togan et un membre de l’association pour les droits et les libertés fondamentaux dénommé Fatih Yavuz sont agressés par une bande de « Loups Gris » alors qu’ils étaient paisiblement assis à la terrasse d’un café. Attaqués à coups de chaises, Hasan Togan et Fatih Yavuz sont blessés à la tête et aux épaules. Parmi les agresseurs, qui reconnaît-on ? Le même Serdar qui a auparavant poignardé quatre étudiants et achevé six manifestants à coups de poing américain. Entre-temps, que fait la police ? Elle mène des descentes dans toutes les associations pour les droits et les libertés (Temel Haklar ve Özgürlükler Dernekleri) du pays pour saisir les copies des « projets de Constitution populaire ». Serdar et ses sbires peuvent ainsi continuer en toute impunité à casser du gauchiste avec la bénédiction de la police.

Toujours à Samsun, un assistant démocrate de la faculté de médecine de l’université OMÜ (où précisément travaille Serdar le fasciste) a découvert ce matin un tract sur son bureau portant l’emblème des Loups Gris. Voici ce qui y est écrit :

« Nous ne serons pas de ceux qui fuient,
Nous ne serons pas de ceux qui trahissent
Nous ne serons pas de ceux qui détruisent
Nous ne serons pas de ceux qui capitulent
(jeu de mot avec le mot « serpent »)
Nous ne cèderons pas
Nous ne nous abattrons pas
Nous avons réussi et nous réussirons
S’il le faut, nous rendrons l’âme
S’il le faut, nous ôterons des âmes
(une façon de dire « nous tuerons »)



Encouragée par les déclarations belliqueuses du gouvernement AKP à l’encontre de la rébellion kurde et par la terreur policière, l’extrême droite turque s’est jurée d’en « finir » avec les « derniers nids du communisme » dans la Mer Noire. Actuellement, cette terreur fasciste gagne tout le pays et tous les milieux d’opposition, principalement kurdes et turcs.

Contrairement à ce que prétendent l’état-major de l’armée turque et les médias et comme le montrent les agressions survenues ces derniers jours à Samsun et entre autres, l’assassinat du journaliste arménien Hrant Dink en janvier dernier (par un tueur originaire de la Mer Noire ), cette terreur fasciste n’est pas le produit d’un mouvement spontané de la population mais bien d’une stratégie minutieusement préparée dans les coulisses du pouvoir.

lundi 22 octobre 2007

Le fascisme turc sous son vrai jour

En quelques jours, la guérilla kurde vient d'éliminer une vingtaine de soldats turcs au Kurdistan à la frontière irakienne. Une occasion en or saisie par les nationalistes turcs pour révéler leur vrai visage durant ce week-end.

Tout d'abord en Turquie où certains sièges du Parti du Rassemblement Démocratique pro-kurde viennent d'être incendiés pour la seconde fois en l'espace d'une semaine. Parfois, des assauts ont eu lieu à l'arme à feu à l'encontre des bâtiments du parti.
Mais les boucs émissaires dépassent en réalité ce qui ressemble, même de loin, au seul mouvement pro-kurde. Les brigades nationalistes se sont donné permission de frapper bien plus largement. Ainsi, les locaux de la Temel Haklar Federasyonu (Fédération des Droits Fondamentaux) issue de la gauche non-nationaliste ont été à leur tour saccagés. Ces mises à sacs et parfois lynchages ont eu lieu dans les villes de Bursa, d'Elaziğ, d'Erzurum, de Malatya et de Samsun. Idem avec le Parti Communiste de Turquie qui a été pris pour cible sur la place de Taksim et dans le quartier de Tuzla à İstanbul. De plus, on a appris qu'un jeune de gauche, Erkan Bayar, a été tué dans le quartier de Gazi par des bandes d'extrêmes-droite. Ces violences ont été rapportées par l'agence de presse HalkınSesi.tv et le quotidien Radikal (qui a fait un résumé).

En Belgique aussi, les Loups Gris sont sortis de leur tanière. Ils ont détruit un négoce arménien et se sont ensuite dirigés vers l'ambassade états-unienne pour y déverser leur frustration. Le journaliste Mehmet Köksal connu pour sa verve pinçante a du faire les frais d'une agression physique, les nationalistes ne lui pardonnant pas son esprit "trop critique" à leurs égards.

Plus que la pseudo-spontanéité de ces démonstrations à laquelle personne ne croit vraiment, c'est le laxisme des autorités et leur complicité passive qui étonnent. Comme par exemple cette facilité avec laquelle une manifestation essentiellement violente a pu s'approcher d'un périmètre qui fait l'objet de mesures de sécurité exceptionnelles d'habitude à Bruxelles.

Les Loups Gris, les Ülkücü et les autres factions d'extrême-droite ainsi que leurs partis respectifs sont considérés non-terroristes par la Turquie, les États-unis et l'Union européenne.

Culture du lynchage

Le lynchage des militants de gauche, des militants pro-kurdes, des objecteurs de conscience, des homosexuels, des Alévis, bref de tous ceux qui refusent de se mettre au garde-à-vous devant le drapeau turc est loin d'être un phénomène isolé en Turquie. Au point que les sociologues turcs ont adopté un terme pour le désigner : la culture du lynchage.

Le scénario est toujours le même. Chaque fois qu'un évènement susceptible d'heurter la passion nationaliste turque se produit, la presse à grand tirage et les chaînes de télévision nationalistes s'en emparent. L'institution militaire, "la Grande Bavarde", deuxième tête pensante de l'État, qui ne se prive pas de commenter régulièrement la scène politique, ou les associations kémalistes telles que l'Association de la Pensée d'Atatürk peuvent alors compter sur ces medias pour relayer leurs messages. Ce savant mélange de désinformation et d'attisement de sentiments naïfs donnera inévitablement lieu à des débordements, surtout de la part des mouvances d'extrême-droite. Ces débordements peuvent ensuite être utilisés comme preuves du bien-fondé des revendications avancées.




La première video au-dessus reprend la partie consacrée aux lynchages de l'émission Un Oeil sur la Planète de France 2 (voir le topic concerné). La seconde video (nécessite RealPlayer sinon cliquer ici) a été tournée par Indymedia İstanbul en mai 2006. Il s'agit d'un étudiant de gauche de l'Université Technique d'İstanbul que des nationalistes ont tiré hors d'un bus pour le lyncher. Le quotidien à grand tirage Radikal évoquera cette brutalité dans un article dont le titre réfère directement à cette fameuse "culture du lynchage". On y reconnaît facilement la victime de la video sur la photo illustrative.

Ces pratiques ne sont pas sans rappeler des moments terribles de l'histoire occidentale tels que les pogroms ou la Nuit de Cristal dirigés spécialement contre les Juifs par les brigades fascistes.

C'est aussi l'avis de la plate-forme des associations issues de l'exil politique en Belgique, le collectif 1971, qui a déjà mis en garde les autorités belges plus d'une fois des dérives qu'entraînent inévitablement la tolérance de l'extrême-droite.

Tolérance et complicité des politiques belges

En Belgique, les autorités tolèrent les bandes d'extrême-droite turques, ou pire, leur permettent de jouer un rôle dans la société civile qu'on ne donnerait jamais à un parti tel que le Vlaams Belang par exemple. Le fameux "cordon sanitaire" n'est tout simplement pas appliqué dès lors qu'il s'agit de candidats turcs se présentant aux élections.

On se souvient de Laurette Onkelinx qui avait bataillé avec une rare conviction pour maintenir Murat Denizli, Loup Gris avéré contrairement à ce qui en est dit, à la treizième place de sa liste à Schaerbeek lors des élections communales, au grand damne des militants socialistes d'ailleurs, sous prétexte que le nationalisme turc n'était qu'un "nationalisme romantique" [Le Soir] et qu'il fallait faire fi de ces questions de détails.

Jean Demannez, bourgmestre de Saint-Josse et également du Parti Socialiste, craignant un effritement de son électorat potentiel, a rejeté d'emblée la possibilité que l'incendie criminel qui a touché l'institut kurde en avril dernier soit d'origine politique [La Libre Belgique], comprendre qu'il soit imputable aux membres des associations d'extrême-droite qui ont pignon sur rue à Bruxelles. Ceci contre le bon sens commun : l'institut kurde a déjà été attaqué plusieurs fois et la presse turque nationaliste de Belgique a diffusé elle-même les photos des rassemblements Loups Gris devant l'institut...

La Türk Dernekleri Federasyonu dont on sait pertinemment qu'elle est un foyer de Loups Gris et d'extrêmistes turcs n'a jamais été perquisitionnée et continue à étendre son emprise sur les jeunes turcs des quartiers de Bruxelles.

Alors que l'on voit le procureur fédéral s'acharner à faire condamner des militants de la gauche non-nationaliste turque en s'appuyant sur des "caractères qui montrent que", des "crimes d'appartenance à", des "nécessités de mesures pro-actives", les enquêtes touchant aux faits criminels concrets et vérifiables des nationalistes turcs piétinent lamentablement comme l'a rappelé le sénateur Josy Dubié l'année passé au Sénat.

Le fossé entre le zèle du Parquet à poursuivre des militants, qui utilisent les libertés fondamentales dont ils ne pourraient jamais jouir pleinement dans leur pays, et le manque de motivation à poursuivre et à inculper les têtes de l'extrême-droite turque est criant.

Aujourd'hui, il y a suffisamment d'éléments pour en arriver à croire à une véritable complicité au sein même de l'institution.

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jeudi 18 octobre 2007

Après l'écrit, l'oral...

Les choses continuent à bouger pour Avni Er et Zeynep Kılıç, les deux militants turcs incarcérés en Italie pour “appartenance à une organisation terroriste”. Cette fois-ci, ce sont deux sénateurs de Rifondazione Comunista qui ont déposé une interrogation à réponse orale (dont voici la traduction) à la fois au Premier ministre et au ministre de la Justice. Par ailleurs, l'exécutif de la GUE/NGL pourrait aussi prendre position au niveau européen.

Ces deux sénateurs sont Fosco Giannini et Haidi Giuliani, la mère de Carlo Giuliani, un étudiant qui a été tué lors des manifestations anti-G8 à Gênes en 2001. Leur intervention avait été déjà annoncée dans le quotidien de gauche Il manifesto par la journaliste Orsola Casagrande qui était revenu sur les grandes lignes de cette affaire (traduction).

On pourrait croire que les interventions de ces députés ravivent l'espoir d'un dénouement heureux parce qu'ils proviennent d'un parti présent dans l'Unione, une coalition de centre-gauche actuellement au pouvoir. Pourtant, rien n'est moins sûr.

Les communistes italiens, qui portent en avant la cause d'Avni et de Zeynep, ont été débouté de quasi tous leurs combats centraux de la part de leurs partenaires politiques : le départ des troupes italiennes d'Afghanistan, la non-extension d'une base états-unienne à Vicenza, la question sensible des pensions et bien d'autres dossiers. À tel point qu'aujourd'hui des voix s'élèvent pour demander le retrait de Rifondazione Comunista de la majorité malgré le risque inévitable de ramener l'équipe Berlusconi. En gros l'argument qui prédomine est celui-là : pourquoi craindre le retour de la droite si un gouvernement "de gauche" mène déjà une politique de droite ?

Dans des telles conditions, peut-on s'attendre à "un geste" de la part de Clemente Mastella, le ministre italien de la Justice qui, lui, appartient à un parti des plus centristes ? Encore une fois, l'évolution de la situation est des plus ouvertes. En revanche, les arguments présentés sont tous en béton armé.

Ainsi, parmi ceux avancés : le fait que même en Turquie, l'acquittement a été prononcé (et pour cause, les policiers turcs avaient construit de fausses preuves) et le fait aussi que les autres personnes concernées ailleurs en Europe par l'opération du 1er avril 2004 n'ont pas été poursuives même s'il s'agissait de "dirigeants" selon les enquêteurs italiens.

Il faut toutefois préciser qu'en Belgique, même si la fameuse opération du 1er avril n'a pas entraîné directement des poursuites - et en ce sens l'intervention parlementaire est tout à fait correcte - le procureur fédéral n'a pas hésité à se baser sur des éléments issus de ces perquisitions pour construire un nouveau dossier à charge. La photo prise au Liban avec Bahar Kimyongür et le RPG en étant le meilleur exemple. Pour rappel, le procès en cours à Anvers, une affaire désormais vieille de 8 ans, ne concernait à la base que quelques personnes pour des faits relevant du droit pénal "classique".

Les Italiens progressistes ont souvent tendance à considérer "les pays du nord" comme des pays de cocagne en ce qui concerne l'observation scrupuleuse des droits de l'homme... hummm, no comment...

Ceci dit, last but not least, les innombrables tortures avérées en Turquie, y compris sur les acquittés du procès qui s'y est déroulé, sont à nouveau sur la sellette. Les sénateurs demandent donc que les textes qui prévoient que l'on ne doit pas extrader quelqu'un lorsqu'il y a de fortes chances qu'il subisse de la torture et des mauvais traitements soient tout simplement appliqués.

La véritable question est donc de savoir ce que cela pèsera face aux juteux contrats commerciaux qui existent entre l'Italie et la Turquie...

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mardi 16 octobre 2007

La chanson contestataire

La Turquie recèle des trésors musicaux insoupçonnés. Ces chansons prennent souvent leur force du fait qu'elles tirent leur inspiration de la réalité cruelle et qu'elles arrivent à la transformer en poésie. Je vais créer un libellé spécial sur ce blog pour faire découvrir quelques morceaux de musique turque.

La musique contestataire a donné naissance à un genre particulier en Turquie que l'on appelle protest müzik. Contrairement à ce que l'on pourrait penser, il ne s'agit pas que de “chants militants” ou de “marches” qui en figurent la part la plus restreinte.

Il y a plusieurs aspects qui font apparaître le caractère protestataire : ce sont des chansons en langue locale, c'est-à-dire y compris dans des langues combattues par l'État (kurde, arabe, laz,...), ce sont des chansons qui touchent à des problèmes contemporains et qui les évoquent directement (les prisons, la répression,...) et ce sont des chansons accompagnées par des instruments “traditionnels” et locaux qui passent pour être des instruments “archaïques” selon les discours développementalistes des élites kémalistes.

Dans ce cas-ci, je souhaitais simplement faire découvrir un chant a cappella dont j'ai du mal à traduire le titre. Je pense qu'il n'y en a pas vraiment, on pourrait le rendre par “chanson chantée en une fois”, “volta” semble être du jargon musical d'origine italienne*.
Il n'en demeure pas moins que c'est un air puissant et beau :




"Chanson chantée aux cent pas"

Mon amour libéra sa nostalgie en prison :
“Elle ne vient pas, les routes sont-elles enneigées ?”

La tristesse fit courber la tête de l’homme
“Je suis maintenant une longue plainte qui s’élève de prison”


GrupYorum - Voltada Söylenen Türkü
Albüm : Boran Fırtınası
[traduction indicative]

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dimanche 14 octobre 2007

Anticonstitutionnellement

Vous connaissez le modèle de la démocratie participative ? Vous savez, quand on rassemble “les partenaires sociaux” autour d’une table, que tout le monde s’engueule et qu’à la fin on repart content avec sous le bras un projet qui tient compte des sensibilités de chacun, au moins en théorie. En Turquie, vous pouvez oublier tout de suite, ça n’existe pas, ça n’adhère pas à l’ensemble des réels, c’est hors du champ des possibles.

Cela ne veut pas dire qu’il n’y a pas de mouvements sociaux, de syndicalisme, de contestation ou de conscience politique dans la société civile. De ce point de vue, la Turquie a plutôt des leçons à donner. Simplement voilà, vous pouvez protester, revendiquer, réclamer, le gouvernement s’en fout. Même si vous êtes des centaines de milliers, même si vous le faites depuis des années, vous n’existez pas : it ürür, kervan yürür. Au mieux on vous ignorera, au pire… je ne vous fais pas un dessin.

Avec le projet de constitution “civile“, toutefois, il est vaguement question de laisser la société broder son propre texte pour faire bonne mine. En apparence au moins. Sous le regard bienveillant du maître d’école, alias le gouvernement, “les ONG“ ont pris leurs gouaches et se sont mis à faire des “constitutions civiles”. Officiellement, pour inspirer les pros de la question, à savoir l’équipe de Ergun Özbudun, constitutionnaliste chargé d'en pondre une nouvelle.

En réalité, dans le conseil qui s'en occupe, n'y figurent pas tous les syndicats importants tels que le KESK (secteur public) ou le DİSK, les associations des droits de l'homme habituelles İHD, TİHV ou Mazlum Der - étrange pour une constitution civile - et moult corporations de métier pourtant très politisées usuellement. Seules de puissantes organisations patronales et trois autres syndicats de travailleurs, sans doute choisis pour leur malléabilité, participent au processus de création de la nouvelle Constitution qui représente l'accord de toutes les sections sociales de Turquie (TDN).

Parallèlement, l'association Genç Siviller (“Jeunes Citoyens”) qui représente une certaine classe progressiste-bobo éduquée, riche et citadine a proposé ses propres modifications de la Constitution turque actuelle. Les progrès qu’ils réclament sont tout relatifs et n'introduisent aucune modification profonde. Ils comptent plutôt sur un parti comme le très nationaliste CHP pour les porter à bout de bras.

HÖC (toujours eux), plate-forme de la gauche non-nationaliste, s’est aussi prêté au jeu. Évidemment, dans ce cas-là, ça devait se terminer avec des méchants coups de latte sur les doigts.

D’après HalkınSesi.tv (qui fait partie de la plate-forme), la police est descendue dans les districts de Hatay, Adana, Bursa, Ankara, Mersin, İskenderun, Elaziğ, Dersim et Karadeniz aux sièges d'associations membres afin de… confisquer “le texte subversif”. Il y a eu également plusieurs gardes à vue.

Bref, HÖC vient de se faire envoyer méchamment au coin pour ne pas avoir respecté les consignes tacites : 1° l’État est déjà une démocratie 2° les Kurdes n’existent pas, le concept de minorités n’existe pas 3° il n’y a pas de criminels de guerre en Turquie. Ceci infirme le discours d'Abdullah Gül devant le Conseil de l'Europe sur le travail concerté entre société civile et gouvernement à propos de la Constitution.

Le Projet de Constitution Populaire (Halk Anayasası Taslağı) mis en avant par HÖC se base sur un travail qui date de 1997 et qui a été réalisé suite au scandale de Susurluk. Ce scandale avait alors révélé au grand jour les collusions entre les politiciens, les mafieux et les forces de l’ordre. Ce document n’a jamais été interdit à la publication en Turquie jusqu’à récemment, précisément au moment où le gouvernement turc "demande" la participation de la société civile pour l'aider à rédiger... cherchez l'erreur.

HÖC avait profité de l’engouement constitutionnel pour brandir à nouveau sa Constitution populaire en lui apportant quelques retouches et en fournir une quatrième édition.

Aux fondements de ce texte, pêle-mêle, voici ce que l’on ne trouvera jamais dans la prochaine Constitution turque :

- la reconnaissance explicite du problème et de l’identité kurde (IV).

- la garantie des droits sociaux et culturels pour toutes les minorités d’Anatolie (IV, 22).

- la torture, les crimes racistes définis comme des crimes contre l’humanité (V, 26 & 31).

- les droits de grève et syndicaux garantis (V, 34).

- la santé et l’éducation assimilées à des droits fondamentaux (V, 35 & 36).

- la nationalisation des ressources et des grands chantiers (VI, 45 & 46).

- la justice vis-à-vis des criminels de guerre et des bourreaux (XII, 1).

- l’abrogation de la loi anti-terroriste (XII, 4).

- la lutte contre les mafias et le trafic de drogue (XII, 17).

- bien d’autres choses...

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vendredi 12 octobre 2007

Députée et "terroriste"

La Turquie, quelque part, c'est une sorte d'immense laboratoire où l'on peut observer le développement avancé d'une "loi de lutte contre le terrorisme". Et pour cause, elle y existe depuis plus de 15 ans (1991). Là-bas, on a pas attendu l'émotion de crash planifiés contre deux buildings pour la faire passer. Quand l'Establishment militaire et militariste possède déjà l'essentiel des prérogatives, ce genre de chose n'est en effet pas nécessaire.

La loi a été modifiée en 2004 mais on a veillé à conserver son essence intacte et l'isolement carcéral prolongé est bien entendu maintenu, voire il était quasi inexistant au départ et il est pour l'heure systématique et systématisé. On peut même dire que la loi a été peaufinée. Près de 2000 prisonniers politiques croupissent toujours dans les prisons turques. Et ce n'est pas l'Europe qui ira faire la leçon à la Turquie sur ce coup-là, au contraire, elle lui emboîte le pas...

Que peut-on faire avec une loi pareille une fois débarrassé de l'un ou l'autre scrupule droit-de-l'hommiste ? Mettre des députés gênants en prison, pardi !

C'est ce que la courageuse Sebahat Tuncel risque d'endurer dans les prochaines semaines. Les rumeurs se sont donc confirmées. Son avocat a plaidé l'immunité parlementaire mais le tribunal en a cure et s'est déclaré compétent pour la juger, ce qui n'est pas bon signe (Info-Türk.be et Bianet.org). Le procureur la poursuit pour "appartenance à une organisation terroriste", un grand classique.

La très chère Sebahat Tuncel est déjà passée par la case prison mais elle avait été libérée grâce à son immunité parlementaire fraîchement acquise après son élection en juillet. De plus, elle est l'une des rares personnalités politiques à avoir osé manifester le 1er mai dernier à Taksim, une manifestation interdite (le 1er mai est aussi un jour non chômé en Turquie !) et très sévèrement réprimée par une quantité hallucinante de gaz lacrymogène. Elle n'a pas non plus serré la main de l'un des fascistes du MHP lors de la prestation de serment, et n'a donc pas reçu les applauses de la presse à grand tirage nationaliste. Bref, elle emmerde les gens. Et quand on ne courbe pas l'échine, les vieux réflexes fascisants ne sont jamais loin...

Ce n'est d'ailleurs pas la première fois. Tout le monde se souvient en effet de l'épisode Leyla Zana (prix Sakharov en 1995 pour cette raison) et des autres députés kurdes emprisonnés en 1993.

Pourtant, cette fois-ci, les députés DTP n'ont pas négligé les efforts du politiquement correct et de l'auto-censure pour paraître les parfaits petits députés turcs d'origine kurde (que-c'est-de-la-“sphère-privée” -donc-il-ne-faut-pas-le-dire) bien intégrés au jeu politique harmonieux de leur patrie adorée. Concrètement, ça donne : pas un mot en kurde symbolique contrairement à leurs prédécesseurs, pas de signes ostentatoires de kurdité et même une poignée de main avec quelques MHP'li de l'extrême-droite (pas tous, ouf !).

Bref, tout ça pour rien. Recalés à l'examen d'intégration, ils ne seront probablement plus que 19 d'ici peu.

Malgré tout, le gouvernement AKP salué partout comme la splendide machine à réformes qui met la Turquie lentement mais sûrement sur la voie de l'Union européenne et des normes élémentaires de la démocratie (on y croit à mort) pourra encore certainement compter sur le futur constat du rapport de suivi de la Commission européenne du style que c'est la première fois que des députés kurdes forment un groupe à l'assemblée et que cela constitue une preuve objective de progrès certain. L'épisode Tuncel devrait passer à la trappe et figurer avec un peu de chance dans le rapport suivant... soit dans un an, si c'est encore d'actualité et si ça fait du bruit...
C'est pas gagné.

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mercredi 10 octobre 2007

Interlude musical

Puisque l'on parle beaucoup du Dersim en ce moment, autant inscrire le Clea dans une certaine continuité de son service public d'information sur la Turquie en vous présentant cette chanson qui est un peu l'équivalent local de "Bella Ciao" chanté en choeur par le public lors des concerts même s'il existe bien d'autres chansons et aussi une version de "Bella Ciao" remaniée en turc. Mais ce sera pour une autre fois...




Le Soleil qui se lève à Dersim

Ce sont les montagnes du Dersim
Foyer des braves
La nuit a pris possession du jour
Et les troupes tombent dans l'embuscade
Le silence est déchiré
Par les tirs de la guérilla
Les lieux réticents de la montagne
Ont rejoint notre lutte
Le soleil qui se lève sur le Dersim
Abonde du côté de Canik
Abonde sur les monts Toros
Ils ne sont pas morts, eux, ils sont vivants
Une chanson dans les montagnes du Dersim
Et les Douze* combattent
Une chanson dans les montagnes du Dersim
Et la guérilla se bat

GrupYorum - Dersim'de Doğan Güneş
Albüm : İleri
[traduction indicative]

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Le Dersim et ses bourreaux

Récemment, des heurts entre militaires turcs et locaux ont endeuillé le Dersim. Les forces armées ont ouvert le feu sur deux apiculteurs, Bülent Karataş et Ali Rıza Çiçek, le 26 septembre dernier. Après les avoir blessés, ils les ont sequestrés et torturés dans leur caserne, pour ensuite les remettre mourants à un hopital et téléphoner à leurs familles afin qu'elles viennent chercher les “défunts”. Bülent Karataş a succombé à ses blessures et Ali Rıza Çiçek se trouve dans le coma. Quoi de plus légitime que de séquestrer et de torturer à mort deux blessés graves puisqu'il s'agissait de "suspects terroristes" ? C'était l'avis de ces gendarmes qui faisaient partie des Özel Tim ("Special Teams"), un nom qui évoque beaucoup de choses négatives aux populations civiles. Depuis quelques temps, celles-ci étaient en outre la cible de tirs aveugles de la part de l'armée. Le 28 septembre, 5000 Dersimli assistaient à l'enterrement de Bülent Karataş (infos détaillées sur liège.indymedia.org et bianet.org).


Dersim

Malheureusement, cet évènement ne constitue qu'un témoignage de plus du fascisme turc qui s'exerce dans la zone depuis 70 ans. S'il ne fallait qualifier qu'une seule partie de la Turquie de "région-matyre", il serait facile de porter assez facilement ses pensées sur le Dersim.

A vrai dire, les Zazas, habitants du Dersim, font partie des quelques rares avec qui l'on peut être totalement libre dans ses paroles à l'égard du guide immortel et héros incomparable (préambule de la Constitution turque actuelle), à savoir le père-dictateur Atatürk. Et pour cause, ils ont enduré la pire répression de son règne lors de la révolte de 1937.

Aujourd'hui, aussi bizarre que cela puisse paraître, il n'est pas possible de trouver le nom de la région sur une carte officielle ou un panneau routier. Massacrer les populations n'a pas suffi, il aura fallu aussi gommer systématiquement le nom du chef-lieu et le remplacer par un terme exemplatif et avertisseur - en turc - à tous ceux qui auraient la même idée de se rebeller ; tunç-eli... ("la main de bronze").

Qu'avaient donc fait de si grave ces malheureux Zazas alévis pour mériter les foudres sanglantes de Mustafa Kemal Atatürk ? Quel obscurantisme représentaient-ils ? Quels barbares à civiliser étaient-ils ?

D'obscurantisme, absolument aucun. La religion alévie contrairement aux grandes religions monothéistes, Islam sunnite et Christianisme romain en tête, n'impose aucun dogme, aucun "pilier", aucun credo. Une des raisons étant que le divin n'est pas conçu de manière transcendante mais de manière immanente comme dans le sikhisme ou dans la pensée spinoziste. Aussi, leur culte s'apparente davantage à un mysticisme. Le cliché bien ancré en Occident d'un Atatürk triomphateur de la bigoterie patente du peuple peut donc voler en éclat au moins dans ce cas.

Quant à la barbarie dont l'occupant turc les taxe, c'est de lui qu'elle viendra à la manière dont les colonialistes se sont montrés infiniment plus "sauvages" que ceux à qui ils collaient l'étiquette.
Pour les mêmes raisons bizarrement parce que, comprenez-vous, l'occidentalisation est la seule voie possible. Paradoxalement, la première culture que le kémaliste dédaigne est la culture turque mais ensuite il méprise bien davantage les autres cultures anatoliennes alors qu'il pose sur un piédestal le français ou l'anglais. On se sent seigneur quand on parle français dans une ville comme İstanbul mais on s'y sent chien quand on ne parle que le zazaki ou le kurde.

En réalité, leur crime impardonnable a été de ne pas vouloir se soumettre à l'autorité centrale kémaliste désireuse de les assimiler et de les turquiser de force. Et ils le payeront cher au point où les séquelles ne sont pas encore effacés près de 70 ans après.

Le zazaki est comme le français une langue indo-européenne. Elle est assez proche du kurde et des langues persanes. Elle véhicule une culture très riche notamment dans le domaine de la poésie, des chants et des contes.

Aujourd'hui, nombre de descendants des Zazas forment une grande partie des rangs de la gauche non-nationaliste, coincés qu'ils sont entre la peste brune turque et un nationalisme kurde pas toujours compatissant (être victime n'est pas forcément un enseignement). Ils sont tous Alévis, particulièrement tolérants et ouverts. D'ailleurs, "zaza", rien que ce terme, ça les rend sympathiques ;-)

On sait que l'on a apposé le nom du vieux dictateur au principal aéroport d'İstanbul comme à tout d'ailleurs : aux ponts, aux stades, aux rues, aux universités,... Ce que l'on sait moins, c'est que le second aéroport de la ville, Sabiha Gökçen, porte le nom de sa fille adoptive célébrée comme la première femme pilote de guerre... - quelle gloire... - et surtout qu'elle a participé activement aux bombardements sur le Dersim de 1937.

Aujourd'hui en Turquie, les bourreaux sanguinaires des uns sont les héros nationaux et auréolés des autres.

À visiter : un blog sur le Dersim en français et réalisé par un authentique Zaza alévi.

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mardi 9 octobre 2007

La police turque tire sur des distributeurs de journaux...

La Turquie vient encore de dévoiler timidement son visage de pays pluraliste et de prouver une fois de plus sa progression constante vers la démocratie comme chacun sait... enfin, il paraît...

Plus concrètement, ce dimanche à İstanbul dans le quartier de Yenibosna, la police turque a ouvert le feu sur des adolescents de HÖC qui distribuaient des revues du magazine Yürüyüş. Parmi eux, le jeune Ferhat (16 ans) qui se trouve en ce moment entre la vie et la mort après avoir reçu une balle dans le dos. Les membres de HÖC vendaient ces revues comme ils le font assez souvent ; parmi eux une quinzaine de personnes ont été placées en garde à vue. (HalkınSesi.tv)


La haine pour les médias critiques

HÖC (Haklar ve Özgürlükler Cephesi - Front des Droits et des Libertés) est une plate-forme de gauche (non-nationaliste) en Turquie qui rassemble plusieurs associations progressistes, des organes de presse et un groupe de musique. L'Association des Droits Fondamentaux, le journal en ligne HalkınSesi.tv, la revue Yürüyüş, l'agence de presse Özgürlük, l'association de solidarité des familles des prisonniers politiques TAYAD et le groupe de musique GrupYorum en sont tous membres et subissent régulièrement les intimidations de la police turque quand ce n'est pas pire.

Yürüyüş (La Marche) est quant à elle une revue distribuée légalement en Turquie mais dont le siège se trouve aux Pays-Bas, hors frontières pour éviter de tomber sous le coup de la censure comme cela était arrivé à d'autres médias progressistes il y a tout juste un an et dont les sièges étaient situés, eux, en Turquie (voir à ce sujet la campagne "We want freedom" en faveur des prisonniers du 10 septembre). Toutefois, Yürüyüş possède également un siège à İstanbul.

Distribuer, diffuser en Turquie à partir d'une maison d'édition ou d'une antenne installées à l'étranger, sont devenus des secondes natures pour bon nombre de médias anatoliens qui dérangent l'appareil d'État. C'est aussi le cas du quotidien Yeni Özgür Politika (pro-kurde) installé en Allemagne et de la chaîne Roj TV (également pro-kurde) dont l'administration est en Belgique mais qui émet depuis le Danemark. Ce pays subit d'ailleurs les pressions constantes de la Turquie notamment via la diplomatie états-unienne pour faire fermer la chaîne kurde... Fort heureusement, le Danemark n'a jamais cédé jusqu'à maintenant. Info-Türk (de gauche) est aussi abonné à cette mode du média en exil. Les exemples ne manquent bien sûr pas.

Outre les médias de gauche plus épars, certaines revues à grand tirage et à la critique acerbe ne sont pas épargnées non plus par la censure. Ainsi, le magazine Nokta (Le point) a du cesser toute activité après que son directeur, Alper Görmüş, a été traîné devant les tribunaux pour "diffamation" suite à des révélations retentissantes sur les généraux turcs. Pendant près de 6 mois, on pouvait lire sur leur page d'accueil "Avec l'espoir de vivre dans une Turquie plus démocratique". Le procès intenté contre le directeur de Nokta est toujours en cours.

Alors que beaucoup de journaux turcs à grand tirage sont en général abrutissants, que ces derniers consacrent surtout leur attention à mettre une bonne quantité de photos de dames dévêtues plutôt qu'à l'actualité elle-même - un coup d'oeil sur les pages d'accueil de Milliyet ou de Hürriyet à n'importe quelle heure du jour ou de la nuit suffit à s'en convaincre... - et qu'ils sont largement acquis aux thèses nationalistes en vigueur, la presse critique, elle, fait face quotidiennement à la censure, à l'emprisonnement des journalistes, et aux intimidations qui sont autant de réalités banalisées en Turquie.

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lundi 1 octobre 2007

Le procès fleuve poursuit son cours...

Pas grand chose de neuf durant les deux dernières séances du "procès du DHKC" qui se sont déroulées les 27 et 28 septembre derniers. Il s'est agi essentiellement d'essayer de fixer les "règles du jeu" sachant que celles-ci auront un impact décisif sur le déroulement et l'issue du procès.

À nouveau, les avocats de la défense, qui se sont montrés particulièrement combatifs, ont demandé le report aux assises pour une affaire où il est question de délit politique, or une telle décision n'est plus tombée en Belgique depuis près d'un siècle à cause de la restriction de la définition de pareil délit. La Constitution belge prévoit en effet que les procès de délits à caractère politique doivent se faire dans le cadre d'un jury populaire (article 150).

Même avec cette définition restreinte et s'en tenant au grief principal déployé par le ministère publique , i.e. "le DHKP/C est une organisation qui veut renverser l'État turc", il est en effet manifeste que l'on intente un procès purement politique aux membres présumés de l'organisation susdite.


Une autre des réclamations mises en avant par la défense : l'annulation de la mesure spéciale qui permet à l'État turc de se constituer partie civile (voir topic précédent), ce qui a d'ailleurs valu la moue boudeuse et mécontente de Kris Vincke...
Mais aussi l'impossibilité de faire appel de la décision de ce tribunal ; la décision par la Cour de cassation en avril dernier de casser complètement les deux précédents jugements et de porter le procès directement en appel est en effet unique dans l'histoire judiciaire belge. Une des possibles décisions prochaines du Tribunal d'appel pourrait donc être de se déclarer incompétent et de renvoyer l'affaire en correctionnel. On recommencerait alors vraiment tout depuis le début...
Enfin, les avocats de la défense demandent aussi des enquêtes complémentaires de la part de l'instruction. Ils reprochent notamment au procureur Johan Delmulle d'avoir essentiellement construit un dossier à charge et d'avoir négligé d'apporter des éléments à décharge comme il se doit. L'instruction en effet ne repose que sur des préjugés, des postulats, des lapalissades et autres choses qui n'ont pas besoin d'être démontrées. De la part de la défense, il s'agit donc de secouer ce château de cartes sécuritaire en partant de faits avérés et d'éléments concrets.

Un bon exemple de ce type de préjugés justement : l'affaire du bazooka qui consiste en une photo où l'on voit Bahar tenir un vieux RPG dans une maison près des villages de Sabra et Chatila et qui prouverait sa personnalité selon le ministère public. Un très bon communiqué destiné à la presse flamande a été réalisé à ce sujet en réaction au suivisme de la VRT et a été signé par une série de personnalités syndicales (ABVV) ou issues du milieu associatif (Greenpeace, ATTAC,...), par des professeurs d'université (VUB, KUL, UGent), par des artistes et bien sûr par le Clea.

Concernant la mise en scène autour du procès, pas de changement majeur : fouilles corporelles systématiques, les loukoums et autres friandises apportées sont assimilés à des "substances suspectes" et la dernière séance révèlait la quasi parité 1 policier / 1 personne dans le public.
Nihil novi sub sole.

Pour l'heure, une seule chose fait l'unanimité depuis la cassation : l'issue du procès est ouverte. Aucune estimation, aucune probabilité n'est faisable mais la décision de la cour le 26 octobre prochain sera très certainement un bon indicateur du nouveau ton emprunté.

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